Dans mon rêve artificiel, j'aurai une belle voix. Pour chanter. Ou même hurler. Tant que la musique derrière puisse permettre à mon coeur de voler assez haut pour que je puisse embrasser le micro sans paraître ridicule. Donc, être une vedette de la musique ? J'ai envie de reprendre la guitare, mais dans mon rêve, rien de plus simple. Dans la vraie vie, c'est autre chose. Dans mon rêve artificiel, je serai payée pour écrire des textes comme celui que vos yeux parcourent en cet instant. Quoique, ça c'est peut-être mon avenir, si j'ai de la chance et que je m'en tire gagnante. Dans mon rêve artificiel, je n'aurai pas autant de problèmes, et j'arriverai à tout assumer jusqu'au bout, sans faillir et m'écrouler là, devant vous, comme ces derniers mois.
Mais si vivre ses rêves nous est interdit, si les rêves ne sont qu'une lueur d'espoir, dans laquelle beaucoup se retrouvent et avancent par la suite, il nous est autorisé de considérer ça comme un jeu. Un jeu, où l'on est pas seulement le pion, mais le cerveau. Les règles, ou notre libre arbitre - les choix de noms sont divers - nous appartiennent. "Vis le moment présent", c'est ce que j'ai entendu une fois, et je ne cesse de me le répéter depuis. Alors, cap ou pas cap ? Cap. Mais cap, dans la mesure ou rien ne pourrait m'arrêter. Pas même la famille ni les amis ni les profs ni les patrons ni les flics ni aucune autre forme d'autorité instaurée dans ce bas monde pour un sentiment commun de sécurité et de justice.
Alors je joue. Laisser ta meilleure amie amaigrie seule dans un moment de tragique détresse ? Pas cap. Aller faire le tapin pour te procurer le fric de ton train du lendemain matin ? Pas cap. Voler un cheval et t'enfuir avec pour continuer à monter sans dépenser le moindre sou ? Pas cap. Je sors perdante, à tous les coups. Mais je peux facilement gagner. Ne rien bouffer jusqu'à ce que tu sentes ton ventre se contracter sous l'effet de la faim qui te déchire l'estomac ? Cap. Te tapper un mec déjà casé depuis un an, de six ans ton aîné, pendant les vacances ? Cap. Je sors gagnante, à tous les coups.
Dans mon rêve artificiel, je passerai des vacances inoubliables, qui me feraient planer de la même manière qu'avec un joint, à la différence que l'effet serait de longue durée - deux semaines, non-stop. Ca, ce n'est plus un rêve. C'est fait, mais c'est fini. Alors maintenant, il faudrait que je sèche mes larmes, et que je tourne la page. Mes problèmes qui reviennent à la charge après ces deux semaines ne devraient pas m'empêcher d'être heureuse - pourtant c'est le cas, ma seule envie d'aujourd'hui, me foutre une balle dans le tiroir - tiens, ça me rappelle une chanson... J'aurai dû aller en Belgique demain. J'ai attendu le 27 août tout l'été, et me voilà contrainte la veille de tout annuler. Fric de merde. Putain de saleté qui dirige le monde. Ceux qui n'en manque pas ne connaissent pas ce genre de soucis. Eux ils ont cinquante baraques en Belgique comme à Tahiti et on ne leur coupe jamais le téléphone, et leur chequier reste à jamais dans leur sac, il ne retourne pas à la banque.
Là, tout de suite, j'aimerai pouvoir vous dire que j'aime me faire plaindre et que je me fous bien de vous. J'adorerai pouvoir vous dire qu'en réalité demain je vais à Mons comme prévu. Et vous conter que l'équitation sera toujours le programme de mon week end, ce serait le meilleur ça aussi, non ? Bien sûr, seulement ce n'est qu'un rêve. Ce n'est plus qu'un foutu rêve. La vie est un jeu, non un rêve. Et j'ai perdu.
Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Vous voyez là mes faiblesses que j'expose, mais ma grande sensibilité ne m'enlève pas ma force. J'aurai ma revanche. Et tôt au tard, je gagnerai. Ma vie n'aura pas raison de moi, c'est moi, qui aurai raison d'elle.

